What's Going On

let's get back to Soul....

26 mars 2008

"La Vie de l'Amour - hiver" de Khalil Gibran

Viens près de moi, ô compagne de ma vie entière Viens près de moi et ne laissons pas l'Hiver S'immiscer entre nous. Assieds-toi près de moi devant l'âtre, Car le feu est le seul fruit de l'Hiver. Parle-moi de la gloire de ton coeur, car Elle est plus grande que les éléments qui hurlent Derrière notre porte. Verrouillons la porte et scellons les linteaux, car la Colère des cieux abats mon âme. Alimente la lampe avec de l'huile, ne la laisse pas faiblir, et Mets la près de moi, ainsi pourrais-je lire avec des larmes ce que Ta vie a écrit avec moi sur ton visage. Chanson du souvenir des semailles insouciantes du Printemps, Des soins attentifs de l'Eté, et de la récompense De la récolte de l'Automne. Viens près de moi, ô bien-aimée de mon âme ; le Feu refroidit et s'éclipse sous les cendres. Embrasse-moi, car j'ai peur de la solitude ; la lampe est Faible, et le vin que nous avons pressé ferme Nos yeux. Regardons-nous avant Qu'ils ne se closent. Trouve-moi avec tes bras et embrasse-moi ; puis, Que le sommeil étreigne nos âmes comme si elles n'en Formaient qu'une. Embrasse-moi, ma bien-aimée, car l'Hiver a tout dérobé Sauf nos lèvres pleines de vie. Tu es près de moi, Mon éternelle. Comme l'océan du Sommeil sera vaste et profond ; Et comme l'Aube fut récente !

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15 juillet 2007

"nouvel amour" - Alphonse Beauregard (1881-1924)

Comment savoir d'avance
Si ce nouvel amour sera la vague immense
Qui transportera l'âme ivre d'émotion,
Jusqu'où s'annonce, enfin, la révélation,
Ou s'il ira se perdre en fol espoir vivide,
En trépignements dans le vide ?

À sa famille de pensées
Une femme nous présenta ;
Ravi, nous avons dit, en phrases nuancées,
Vers quel bonheur tendaient nos pas.

Un soir de clair de lune,
Un moment de tendresse et de rêve charnel,
Où le monde paraît simple et presque irréel,
Cette femme devient la grisante fortune
Oue notre désir appelait.
Le songe autour de nous danse un pas de ballet.

Tout à coup transparaît en l'aimée une tache
Qui nous hallucine, grandit,
Éclipse ses vertus et cache
Son charme de jadis.

Et parce que la dissemblance
Inéluctable entre les coeurs,
Avança par hasard son jour de délivrance,
Le bel amour nouveau se meurt.

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04 mars 2007

"la paresse" d' Henri Michaux

L'âme adore nager.

Pour nager on s'étend sur le ventre. L'âme se déboîte et s'en va. Elle s'en va en nageant. (Si votre âme s'ne va quand vous êtes debout, ou assis, ou les genous ployés, ou les coudes, pour chaque position corporelle différente l'âme partira avec une démarche et une forme différentes, c'est ce que j'établirai plus tard.)

On parle souvent de voler. Ce n'est pas ça. C'est nager qu'elle fait. Et elle nage comme les serpents et les anguilles, jamais autrement.

Quantité de personnes ont ainsi une âme qui adore nager. On les appelle vulgairement des paresseux. Quand l'âme quitte le corps par le ventre pour nager, il se produit une telle libération de je ne sais quoi, c'est un abandon, une jouissance, un relâchement si intime.

L'âme s'en va nager dans la cage de l'escalier ou dans la rue suivant la timidité ou l'audace de l'homme, car toujours elle garde un fil d'elle à lui, et si ce fil se rompait (il est parfois trés rénu, mais c'est une force effroyable qu'il faudrait pour rompre le fil) ce serait terrible pour eux (pour elle et pour lui).

Quand donc elle se trouve occupée à nager au loin, par ce simple fil qui lie l'homme à l'âme s'écoulent des volumes et des volumes d'une sorte de matière spirituelle, comme de la boue, comme du mercure, ou comme un gaz - jouissance sans fin.

C'est pourquoi le paresseux est indécrottable. Il ne changera jamais. C'est pourquoi aussi la paresse est la mère de tous les vices. car qu'est- ce qui est plus égoïste que la paresse ?

Elle a des fondements que l'orgueil n'a pas.

Mais les gens s'acharnent sur les paresseux.

Tandis qu'ils sont couchés, on les frappe, on leur jette de l'eau fraîche sur la tête, ils doivent vivement ramener leurs âme. Ils vous regardent alors avec ce regard de haine, que l'on connaît bien, et qui se voit surtout chez les enfants.

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21 janvier 2007

"je n'ai de nuit" de Louis Aragon

Je n'ai de nuit que ton absence

Blessure qu'où tu m'es partie

Rien que de toi n'a pour moi sens

Et tout sans toi n'es que menti

Sans toi tout m'es anéanti

Je n'ai vivre que de t'entendre

De ton poignet pris dans ma main

Je n'ai mourir et le coeur fendre

Que d'imaginer l'inhumain

Schisme de toi sur mon chemin

Ô mon amour ô ma tristesse

Un jour d'un ancien mois de mai

Tu m'avais fui Quand donc était-ce

Moi si mal et tant qui t'aimais

Me l'as-tu pardonné jamais

A force si fort que je t'aime

De ce jeune homme que je fus

Suis-je enfin cet autre moi-même

Et mes larmes sur tes mains nues

A tes pieds l'amour devenu

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15 novembre 2006

"L'amour-poème" de Majnûn Laylâ (Qays ibn-al Mulawwah) (664-688)

Je rêve, je nous vois : deux gazelles paissant,

Sur des lieux écartés, les prairies de h' awdhân.

Je rêve, je nous vois au désert : deux colombes

Volant vers notre nid à l'heure où la nuit tombe.

Deux poissons dans les flots : je rêve et crois nous voir

Lorsque la grande mer nous berce avec le soir.

Je rêve, je nous vois : ma vie, ta vie, ensemble !

Je vois, je rêve, et la mort même nous rassemble

Sur le lit du tombeau, côte à côte couchés.

Retraite loin du monde, ô tombe bien cachée !

Nous y verrons, ressuscités, la vie nouvelle,

L'univers réuni, la rencontre éternelle.

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01 septembre 2006

"Parfum Exotique" de Charles Beaudelaire (Les Fleurs Du Mal)

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,

Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,

Je vois se dérouler des  rivages heureux

Qu' éblouissent les feux d'un soleil monotone ;

Une île paresseuse où la nature donne

Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;

Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,

Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,

Je vois un port rempli de voiles et de mâts

Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,

Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,

Se mêle dans mon âme au chant des mariniers

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17 juin 2006

"Aube" d'Arthur Rimbaud (Illuminations)

J'ai embrassé l'aube d'été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi. 

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10 mai 2006

Si... d'Archiloque De Paros (716 - 664 avant J-C)

Mon coeur, mon coeur, jouet de maux sans nombre,

Relève-toi, et résiste aux méchants.

Tes ennemis de pièges t'environnent,

Mais fais-leur face et lutte fermement.

Sache, vainqueur, dominer ta victoire,

Ne pas, vaincu, t'enfermer dans les pleurs,

Sans t'irriter quand vient une heure noire,

Sans démesure au milieu du bonheur.

Et sache bien que les choses humaines

Ne sont jamais que mouvance incertaine.

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